Domenech a-t-il chié dans la colle en 2010 ?

Ce matin je suis tombé sur cette vidéo de Patrice Evra en conférence de presse avec l’équipe de France en 2010. Il cherche le traître a.k.a la taupe, soit celui qui aurait divulgué des informations aux journalistes.

On était quand même les dindons de la farce à cette époque.

1998 – 2000 : la France est sur le toit du monde dans le monde du football.

2008 – 2010 : la France est la risée du monde.

Comment est-ce qu’on peut en arriver à deux extrêmes et ce en l’espace de seulement dix ans ?

J’ai cherché des éléments de réponses pour essayer de comprendre pourquoi est-ce qu’on en est arrivé là et en vue de ne pas reproduire les erreurs commises. Et parce que le foot est le miroir de la société, les leçons à tirer de cette histoire pourraient très bien servir dans d’autres circonstances.

1 La première raison qui me vient à l’esprit c’est qu’évidement c’était une équipe de nullos, tout simplement. Raymond a effectivement un peu chié dans la colle en sélectionnant ces mariols.

Avant de démarrer la compet’, la France restait sur 4 matchs amicaux pour une petite victoire contre la terrible équipe du Costa Rica. Avec tout mon respect, je suis incapable de me souvenir d’un seul joueur costaricien aujourd’hui.

Sans parler de la qualification en barrage in extremis contre les Irlandais et la fameuse main d’Henry qui amena le but de Gallas dans les prolongations. Bref, inutile de revenir sur cet autre épisode.

Des problèmes de résultats mais aussi et surtout des problèmes entre joueurs. En témoigne les affaires avec Gourcuff, Benzema, Ribery et Valbuena. Là où en 2006 lorsqu’il y a eu altercation entre Barthez et Coupet, le groupe a su utiliser ce problème comme une opportunité de souder le groupe.

« Les révélations vont bon train concernant l’équipe de France et son séjour mouvementé en Afrique du Sud. Et notamment au sujet de l’ambiance régnant chez les Bleus puisque les joueurs sont passés près de la bagarre dimanche au moment du boycott de l’entraînement en réaction à l’exclusion de Nicolas Anelka. » Ouest-France

« Désireux de quitter le bus pour aller s’entraîner, un groupe emmené par Hugo Lloris, Bacary Sagna et Yoann Gourcuff se serait vu opposer une fin de non recevoir de la part des cadres, Franck Ribéry, Eric Abidal et Patrice Evra en tête. Ces derniers auraient même menacé physiquement les premiers avant d’obtenir gain de cause et d’ordonner à Raymond Domenech de lire leur communiqué évoquant une protestation unanime. » Ouest-France

« Pour faire revenir Malouda comme titulaire contre le Mexique ce jeudi, Domenech aurait choisi de sacrifier Gourcuff. Une décision qui dépasserait le simple cadre sportif. » lexpress

« Après les insultes de Nicolas Anelka, le doigt d’honneur de William Gallas, l’épisode du jour a comme acteurs principaux Yoann Gourcuff et Franck Ribéry. Pas vraiment copains, les deux hommes en seraient venus aux mains dans l’avion ramenant la sélection française à son camp de base. » Foot mercato

Bref, ce genre d’anecdotes sur la formidable ambiance qui régnait sur ce groupe, c’est pas ce qui manque

2 La deuxième raison : Raymond n’a pas trouvé une cohérence globale. Pourtant Bruel l’a répété à maintes reprises dans la pub, l’important c’est pas les cartes, c’est ce que tu en fais.

L’équipe de France avait environ 30 sélections de moyenne contre 42 pour les espagnols sacré champions du monde et 35 pour les hollandais vice-champions.

Nb de sélections en moyenne
France30
Espagne42
Pays-Bas35

Avant même de commencer la compét’, on partait avec moins d’expérience. Or l’expérience du terrain en circonstance défavorable, ça vaut cher. On a toujours besoin d’un mec qui a déjà vécu, d’un papa. Qui plus est en sachant qu’il ne restait qu’Henry de l’épopée 98-2000.

Ya qu’à regarder le nombre total de sélections des joueurs français titulaire en 2010.

Nb total de sélection
France1164
Espagne1968
Hollande1476

Les joueurs français sur la feuille de match en 2010 totalisent aujourd’hui 1164 sélections contre 1968 chez les espagnols, soit 800 sélections de plus chez les espagnols ou encore 1476 pour les hollandais, dernières meilleure équipe du monde à cette époque, soit environ 300 de plus.

Combien de joueurs ont-ils fait une carrière internationale digne de ce nom ? C’est simple parmi les joueurs qui étaient là en 2010 très peu sont restés.

3 Troisième raison : les individualités. Aucun joueur n’avait participé à la finale de ligue des champions cette année. Cette finale est une référence et un bon indicateur pour identifier les joueurs en forme et capablent de résister la pression.

Ribery aurait pu avec le Bayern mais il était suspendu ce clampin …Et Henry, la star de l’équipe, était sur le déclin avec 4 buts avec le barca contre 19 l’année précédente, d’ailleurs l’année suivante il partira aux Etats-Unis.

Depuis 20 ans, chaque équipe championne du monde possède dans ses rangs presque toujours au moins un joueur en finale de ligue des champions.

Vainqueur CdmNb joueurs
1998France3 (Zidane, Deschamps et Karembeu)
2002Bresil2 (Roberto Carlos et Concecao)
2006France1 (Thiery Henry)
2010Espagne0
2014Allemagne1 (Khedira)
2018France1 (Varane)

Tout ça pour dire qu’une explication rapide et subjective au vue de quelques chiffres montre qu’il s’agit d’un fiasco collectif.

Mais ce serait omettre un détail non négligeable : on fait dire ce qu’on veut aux données. En 2018 l’équipe de France n’était pas la plus expérimentée non plus en terme de nombre de sélections, bien au contraire. Et pourtant elle a été sacrée championne du monde.

Même avec des chiffres à l’appui on s’efforce de penser ce qui nous arrange. Ce qui en général ne nous sort pas de notre modèle mental.

Zidane, par exemple, a gagné 3 fois la plus prestigieuse des coupes comme entraineur en 2 et demi. Du jamais vu. Pourtant on le dit chanceux. Chanceux de pouvoir compter Ronaldo dans ses rangs.

Idem Deschamp qui a pourtant remporté comme entraîneur la Coupe du monde, la L1, Coupe de la Ligue, Trophée des champions, la Série B, Finaliste de l’Euro et de la Ligue des champions.

De la chance, de la chance … la chance se provoque. La chance sourit aux audacieux comme on dit.

C’est pourquoi j’ai creusé la manière dont les entraîneurs s’y prennent pour gérer leur compte.

Et force est de constater que la vraie clé de ces grands entraîneurs c’est certainement d’être capable d’unir leurs joueurs.

Deschamp répète souvent que c’est la tête qui commande les jambes. Pour les unir il faut savoir faire preuve de stratagème d’influence ou de conditionnement mental.

Par exemple, il y a des entraîneurs qui répètent toujours la même chose en utilisant toujours les mêmes mots clés. A force les joueurs oublient tout sauf les mots clés. Et inconsciemment sur le terrain, le moment venu, ce qui vient à l’esprit c’est ce mot clé.

C’est pour ça que les boxeurs répètent souvent leur gamme dans le vestiaire seul avant un match. Cela permet de conditionner son corps, de passer en mode automatique afin de gagner quelques millisecondes de réaction en match.

Une autre difficulté du métier d’entraîneur est qu’il faille prendre en compte les spécificités de chacun. Ne pas avoir le même discours avec tous les joueurs.

Par exemple, la relation entre Mourinho et Benzema montre comment l’entraîneur peut avoir un impact sur le développement mental d’un joueur. Le portugais avait réussi à piquer dans son orgueil le français en déclarant en conférence de presse un truc du genre : si pour aller à la chasse tu n’as pas de chien mais un chat, alors tu y vas avec ton chat.

Après ça Benzema est devenu un tueur, un titulaire indiscutable.

Grosso modo, l’idée est la suivante : tous les entraîneurs savent à peu près la même chose sur la tactique. Un entraîneur entraîne surtout des hommes. Et Ce qui compte à ce niveau, c’est l’aspect humain plus que l’aspect physique.

Un autre point important dans le rôle d’un entraîneur est de prendre en compte la psychologie.

Pour réussir à garder la motivation sur la durée, Drogba expliquait que la méthode Mourinho c’est des entraînements différents tous les jours. Tous les jours apprendre quelque chose de nouveau. De plus, il avait transformé l’objectif long terme du championnat en sous objectifs par mois. Le but était de gagner les 3 prochains matchs sans quoi la saison était fichue, et il a répété ce process jusque la fin de saison. Penser long terme, agir court terme.

Bref, a priori on pourrait dire qu’un entraîneur est bon s’il a de bons résultats mais ça ne tient toujours pas la route. En effet, nombreux sont les entraîneurs a être considéré comme bons sans avoir gagné de trophé majeur. Gerets à Marseille notamment.

Qu’a fait Gerets pour être considéré comme bon entraîneur ? Il a réussi à obtenir ce qu’il veut de ses joueurs en prenant en compte la dimension humaine.

Donc finalement est-ce qu’un bon entraîneur est un entraineur qui cherche à maximiser le bonheur de tous tout en cherchant à obtenir des résultats ? certainement. Si Domenech n’a pas su le faire en 2010 c’est parce maximiser le bonheur de tous constitue un dilemme moral complexe qui sort du cadre du foot.

Pour le démontrer il existe une expérience de pensée du tramway qu’on pourrait appliquer au foot. Elle permettra de montrer que les décisions des entraîneurs ne sont pas simples.

Imagine que tu es entraîneur de l’équipe de France et tu dois sélectionner 5 remplaçants.

Je te propose soit

  • 1 très bon joueur ou
  • 5 très bons joueurs.

Tu veux quoi ? 1 joueur ou 5 du même niveau ?

En sachant que si tu n’en prends qu’un, tu manqueras de joueurs sur la banc en cas de blessure (par exemple), tu seras contraint de jouer à 10 contre 11.

Naturellement tu devrait choisir les 5 très bon joueurs.

On voit avec cet exemple que ce qui te semble évident pour le collectif est déjà un choix fort parce que tu as choisir les 5 joueurs or il en reste un. Un joueur est malheureux, le joueur que tu n’as pas choisi. C’est pas idéal comme choix. Pas parfait de laisser quelqu’un de malheureux. C’est ça un dilemme moral. Aucun choix possible est idéal.

Là où je veux en venir c’est que même le choix le plus simple pour un entraîneur peut être difficile.

On peut corser la situation, imagine que ce joueur s’entende très bien avec le reste de l’équipe contrairement aux 5 autres. Que faire ?

Bien agir pour un collectif c’est pas avoir affaire à des décisions bien ou mauvaises pour un groupe. C’est faire face à des décisions qui sont ni bien ni mauvaises, mais et bien et mauvaises. L’objectif étant de tendre vers le meilleur.

Maintenant une variante.

Tu dois sélectionner 5 joueurs sauf qu’il n’y a qu’1 joueur de dispo, il est considéré comme bon, sans plus. Donc tu le sélectionnes, pas le choix. Ce joueur l’annonce à sa famille, ses enfants qu’il va participer à la coupe du monde.

Puis 5 autres joueurs très bons arrivent. Tu fais quoi ? Tu reviens sur ta décision de sélectionner le premier (bien qu’il l’air annoncé à sa famille et ses enfants) pour choisir les 5 autres très bons ? 1 joueurs moyen contre 5 joueurs très bons, c’est intéressant quand même.

Allons plus loin, tu dois sélectionner 5 joueurs et il n’y en a qu’un de dispo. Il est considéré comme moyen. Donc tu le sélectionnes, pas le choix.

Ce joueur annonce à toute sa famille, ses enfants qu’il va participer à la coupe du monde encore une fois. Il joue le premier match. Puis 5 joueurs arrivent après ce premier match ? Que fais-tu ? Tu conserves ce premier joueur bon qui s’étend très bien avec le collectif ou tu décides de le virer pour prendre les 5 très bons qui viennent d’arriver ?

Et est-ce que ta décision est la même si ce joueur avait eu le temps de jouer plusieurs matchs ? tous les matchs de poule ? ou si ce joueur avait les 8eme, quart et demi ?

Toujours le même scénario mais cette fois le joueur que tu as sélectionné est en train de jouer la finale. Pendant cette finale, c’est la 30eme minute, tu as l’occasion de le sortir et le renvoyer chez lui pour le remplacer par un joueur très bon. Tu fais quoi ?

Et si la finale est en prolongation et que tu as l’occasion de ramener 5 joueurs très bon dans ton équipe contre le joueur juste moyen ?

Maintenant si la finale est en prolongation et que tu as l’occasion de ramener 5 joueurs très bon dans contre équipe en échange du joueur moyen en sachant que le joueur moyen joue le dernier match de sa carrière ?

Ou alors si la finale est à la 85eme minute et que ton équipe mène 1 à 0, tu fais ce changement ? Et si ton équipe mène 3 à 0 ?

Bref, le choix n’est pas toujours évident mais outre la capacité individuelle, il faut penser au collectif. Ce qui nous amène quelquefois un entraîneur à faire des choix pour le moins étranges.